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Maladie d’Alzheimer – bienfaits du massage : quand le toucher devient une autre manière d’entrer en relation
La maladie d’Alzheimer et les maladies neurodégénératives modifient les repères, la mémoire, le langage et la manière d’entrer en relation. À travers ses interventions en unité Alzheimer près de La Roche-sur-Yon, Anne-Sophie a appris combien le massage et le toucher adapté peuvent devenir une véritable forme de communication non verbale, source d’apaisement et de réassurance.
La maladie d’Alzheimer : lorsque la rencontre peut d’abord faire peur
Lorsque nous n’avons jamais été confrontés à la maladie d’Alzheimer ou plus largement aux troubles neurodégénératifs, cet univers peut nous sembler totalement inconnu. Comment entrer en relation ? Comment communiquer lorsque les mots ou les comportements ne répondent plus forcément aux codes qui nous sont familiers ? Il est alors tout à fait possible de se sentir démuni ou d’éprouver une certaine appréhension.
Cette appréhension, je l’ai moi-même ressentie lors de ma toute première immersion en unité Alzheimer. Dans le cadre de ma formation autour du prendre soin des personnes fragilisées et des aidants, c’était précisément l’environnement que je redoutais le plus… et pourtant, dès ma première journée de stage, me voilà plongée au cœur d’une unité fermée.
Ce jour-là, une psychologue m’a proposé d’aller à la rencontre d’une dame qui restait la plupart du temps assise, immobile, le regard fixé au loin, et avec laquelle l’équipe rencontrait des difficultés pour créer du lien ou susciter son intérêt. Je me suis installée auprès d’elle et j’ai commencé par quelques mots, puis par le toucher. Au départ, mes gestes étaient hésitants. L’absence de réaction visible me déstabilisait et ne me donnait aucun des repères sur lesquels j’avais l’habitude de m’appuyer. Puis, peu à peu, j’ai cessé de chercher ces signes pour simplement être davantage présente dans mes mains et dans mon toucher.
Et quelque chose a commencé à bouger. Sa tête s’est légèrement tournée, son regard est venu se poser sur ma main et, à la fin de la séance, elle a levé la sienne pour reproduire sur mon visage les derniers gestes que je venais de réaliser sur le sien.
Cette première rencontre m’a beaucoup appris. Lorsqu’une personne ne nous répond plus selon des codes qui nous sont familiers, cela ne signifie pas qu’il ne se passe rien. Il faut parfois simplement apprendre à regarder, ressentir et écouter autrement. Et c’est peut-être là que ma véritable rencontre avec la maladie d’Alzheimer a commencé.
Derrière la maladie, il y a toujours une personne
La maladie d’Alzheimer atteint progressivement différentes régions du cerveau. Les premières atteintes concernent notamment des zones importantes pour la mémoire, puis, au fil de son évolution, d’autres fonctions comme le langage, le raisonnement ou encore les comportements peuvent être touchées.
Mais surtout, la maladie ne s’exprime pas de la même manière chez tout le monde.
Là où certaines personnes vont beaucoup déambuler, d’autres resteront assises pendant de longues périodes. Certaines pourront avoir un débit de parole important, avec parfois un langage qui leur devient propre et des mots plus difficiles à comprendre, tandis que d’autres utiliseront de moins en moins la communication verbale. Agitation, anxiété, nervosité ou colère peuvent également être présentes, quand d’autres personnes manifesteront davantage de retrait ou d’apathie.
C’est pourquoi, au-delà de la maladie, il est essentiel pour moi de continuer à voir avant tout la personne. Une personne avec son histoire, sa personnalité, sa façon de s’exprimer et ses besoins du moment. Et parce que chaque personne est unique, elle mérite un accompagnement qui lui ressemble.
Ne pas chercher la performance, mais la rencontre
Cette nécessité de s’adapter prend encore plus de sens lorsque j’interviens auprès de personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer ou de troubles apparentés. Dans mon approche au cabinet à Aubigny-les-Clouzeaux, je me refuse déjà à m’enfermer dans des protocoles, mais lors de mes interventions auprès de ces personnes, cette liberté d’adaptation devient plus essentielle encore.
On ne décide pas qu’une personne recevra trente minutes de massage simplement parce que cela était prévu. Peut-être qu’aujourd’hui cinq minutes seulement seront possibles. Peut-être qu’une main posée sur la sienne suffira. Peut-être aussi qu’elle continuera à déambuler et ne sera tout simplement pas disposée à recevoir davantage.
Et ce n’est pas un échec.
Parce que ces quelques minutes comptent. C’est déjà une première rencontre. Elles me permettent d’observer, de percevoir et de commencer à comprendre la manière dont cette personne s’exprime. Et de son côté aussi, quelque chose de cette rencontre peut se construire et préparer les suivantes.
Je pense à cet homme que j’observais régulièrement lors des ateliers que j’animais en unité Alzheimer. Il passait beaucoup de temps à déambuler et venait parfois tourner autour de notre table, attiré par un objet ou simplement par ce qui s’y passait. Sa femme, présente à ses côtés, semblait parfois vouloir s’excuser, comme si participer à cet atelier n’était de toute façon pas possible pour lui.
Un jour où elle n’était pas présente, je suis simplement allée vers lui. J’ai posé ma main sur lui et lui ai dit qu’il était le bienvenu, qu’il pouvait venir avec nous s’il le souhaitait. Et il est resté. Pas de la même manière que les autres participants, certes. Tantôt debout, légèrement en retrait parce que c’était la place qu’il avait choisie, tantôt assis lorsqu’un objet éveillait son intérêt. Mais il était là, à sa manière et à son rythme. Et surtout, il avait cessé de déambuler. Il est ainsi resté près de moi durant tout le déroulé de l’atelier, soit près de 50 min.
À la fin de l’atelier, il a reçu pour la première fois un court toucher-massage. Quelques gestes seulement sur le dos de sa main. J’ai alors observé son regard changer, comme si quelque chose venait de s’éveiller à travers cette nouvelle sensation.
Cette expérience résume finalement assez bien ma façon d’accompagner ces personnes : ce n’est pas à elles de s’adapter à ma séance. Ce sont elles qui me donnent le rythme, et c’est à moi de m’adapter.
Le toucher comme autre forme de communication
Face à ce public, mon approche par le toucher prend tout son sens et toute sa force. Toute l’intention et tout le cœur que je mets dans mes mains me permettent d’aller à la rencontre de ces personnes autrement, lorsque le langage verbal devient moins accessible. Le toucher, le geste, la présence deviennent alors une autre forme de communication.
Mais cela demande aussi, de mon côté, de mettre tous mes sens en éveil. Un regard, une posture, une respiration, une main qui se rapproche ou se retire, un visage qui se crispe ou se relâche, un mouvement du corps, l’acceptation ou le refus d’un contact… Tous ces petits signes deviennent précieux. Ils me permettent de percevoir, de m’adapter et de construire, au fil de la rencontre, l’accompagnement le plus juste possible pour la personne. Le toucher devient alors pour moi un véritable langage de présence et de relation à l’autre.
Je pense notamment à cet homme d’un certain âge que j’ai accompagné un jour. Au fil du toucher, j’ai vu son regard changer, puis les mots sont arrivés. Je ne percevais pas toujours le sens de tout ce qu’il me disait, mais finalement, en l’écoutant avec mon cœur, je crois que ce jour-là je n’avais pas besoin de tout comprendre pour partager ce moment avec lui.
Ce que j’observe sur le terrain
Je crois que certains des moments qui m’ont le plus touchée dans ma pratique se sont vécus au sein des unités Alzheimer. Il y a dans ces rencontres quelque chose de très spontané, de très authentique, qui donne à la relation et à la prise en soin une dimension toute particulière.
Au fil de mes interventions, j’observe régulièrement de petits changements qui viennent témoigner de ce qui se passe pendant la séance. Chez certaines personnes, l’agitation diminue. La respiration devient plus calme et plus souple, les muscles que je pouvais sentir raides sous mes mains commencent à se relâcher et les traits du visage s’adoucissent.
Il n’est pas rare non plus de voir certaines personnes glisser progressivement vers cet état entre l’éveil et la somnolence. Pour moi, c’est toujours un moment particulier, parce que j’y vois cette possibilité, pendant quelques instants, d’aller vers le relâchement, de pouvoir se déposer et simplement glisser vers ce bien-être.
Mais le toucher peut aussi offrir quelque chose de profondément enveloppant et réconfortant. Il permet de revenir aux sensations, de reprendre contact avec son corps et d’ouvrir un espace dans lequel la confiance peut progressivement trouver sa place.
Et puis parfois, quelques mots viennent simplement raconter ce qui vient d’être vécu. Des mots simples, spontanés, qui se suffisent finalement à eux-mêmes :
« Je me suis sentie comme sur un nuage. »
« Merci, ça me fait du bien. »
« Vous avez le cœur chaud. »
Ce sont quelques mots seulement. Mais dans ces moments-là, ils me touchent profondément et donnent tout leur sens à ce que je cherche à offrir par mes mains.
Que nous disent les études sur le massage et le toucher dans la démence ?
Les observations que je peux faire sur le terrain trouvent également un certain écho dans les recherches menées autour du toucher et du massage auprès des personnes atteintes de démence.
Une analyse publiée en 2025 a notamment mis en évidence des résultats favorables sur l’agitation et certains troubles du comportement après des interventions basées sur le massage ou le toucher. Plus récemment, une revue scientifique publiée en 2026 consacrée aux approches par le toucher va dans le même sens, en observant principalement des effets calmants à court terme, notamment sur l’agitation.
Ces études ne permettent évidemment pas de dire que le massage traite la maladie d’Alzheimer. Elles viennent cependant conforter l’intérêt que peut avoir un toucher adapté et personnalisé, en complément de l’accompagnement habituel, pour offrir à certaines personnes un espace de calme, de confort et de mieux-être.
Une autre manière de rencontrer la personne
Aujourd’hui, les interventions auprès des personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer ou d’une autre maladie neurodégénérative font partie des accompagnements qui me touchent le plus. Parce qu’elles m’obligent à laisser de côté mes certitudes, mes protocoles et parfois même mes mots. Elles me demandent simplement d’être là, attentive, disponible, à hauteur de la personne, et d’accepter que cinq minutes puissent parfois être aussi précieuses qu’une heure.
Aller à leur rencontre, c’est entrer dans un monde où la présence, le regard et le toucher peuvent parfois prendre une place différente. Et c’est aussi se rappeler qu’au-delà de la maladie, des troubles, des comportements ou des difficultés de communication, il y a toujours une personne à rencontrer.
C’est dans cet esprit que j’accompagne aujourd’hui les personnes fragilisées à domicile ou au sein des établissements dans lesquels j’interviens autour de La Roche-sur-Yon en Vendée, avec un toucher entièrement adapté à leur rythme, à leurs capacités et à ce qu’elles sont en mesure de recevoir.
À propos de l’auteure
Anne-Sophie Fringant, praticienne en massage bien-être à Aubigny-les-Clouzeaux, formée à l’accompagnement des personnes fragilisées depuis 2022, intervient régulièrement en unité Alzheimer.
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Questions
fréquentes
Oui. Mon accompagnement étant entièrement personnalisé, je prends le temps nécessaire pour aller à la rencontre de la personne et m’adapter à ce qu’elle est en mesure de recevoir à cet instant. Le massage, le toucher-massage ou parfois simplement le toucher-contact peuvent alors devenir une forme de communication non verbale, respectueuse et non intrusive, où rien n’est imposé et où le rythme de la personne reste toujours au centre de l’accompagnement.
La durée d’une séance auprès d’une personne atteinte de la maladie d’Alzheimer ou de troubles apparentés peut varier de quelques minutes à 30 minutes environ. Au-delà, le temps peut devenir trop long ou fatigant pour certaines personnes. Je m’adapte à l’état de la personne au moment où je la rencontre : une séance peut ainsi durer 20 ou 30 minutes, mais parfois seulement 5 minutes, et c’est parfaitement acceptable.
Oui. J’interviens au plus près de votre proche, qu’il vive à domicile ou qu’il soit accueilli en EHPAD ou dans une autre structure. Lorsqu’il s’agit d’une intervention en établissement, je prends préalablement contact avec la structure afin de me présenter et d’organiser ma venue dans le respect de son fonctionnement, en lien avec l’équipe soignante.